Journée de boulot – Midi

Depuis que tu t’es « freelancé »,
t’as perdu au niveau financier
mais t’as gagné en liberté
(et encore… ça peut marcher!).

Plus de contraintes d’horaires
ni Dame Timbreuse autoritaire.
Plus de chef qui délègue tout volontiers
sauf… la signature finale du projet.

Tu peux prendre ta pause de midi
où et quand t’en as envie.
Ton travail, maintenant ou après
de toute façon, il sera fait :
non pas par obligation
mais par passion. Bon…

Etre discipliné et organisé,
au début, t’es pas très doué.
Mais tu te dis que ça s’apprend,
comme les maths… ou l’allemand.

L’avantage de m’être trouvé un travail détestable, c’est que ça ne me change pas beaucoup de l’école. Ma matinée est un assemblage interminable d’heures qui n’en finissent jamais. Je découpe méticuleusement tout ça à coup de cigarettes, de cafés, de promenades sur internet, voire, dans les jours les plus pénibles, de séances de jeu sur les toilettes. Je développe un savoir-faire très pointu dans la science périlleuse d’être à un endroit sans y être vraiment. L’important c’est de tenir la tête le plus loin possible de la douleur d’être là.

En ligne de mire, la pause de midi. Le Saint Graal de la respiration. La promenade dans un long séjour en prison. Pour réduire au maximum la détention de l’après-midi, je repousse le moment de partir en pause le plus loin possible. Chaque minute est un instant de gagné sur mes souffrances futures. Je décolle dès que l’œil noir de ma responsable m’indique la fin de sa patience. Dès cet instant, il n’est plus question de perdre une seconde.

Comme dans un cambriolage, tout est optimisé à la minute près. Je ne redescends pas en bus mais en trottinette. Je me laisse glisser à la maison en neuf minutes. Je grimpe les escaliers quatre à quatre, j’ouvre la porte, me débarrasse  de mon manteau et je me jette dans le canapé. Si tout s’est déroulé sans accro, il me reste exactement trente-six minutes pour faire semblant que j’ai la journée devant moi. Les bons jours, mon estomac se dénoue suffisamment pour que je puisse avaler un sandwich ou un plat préparé.

Le temps écoulé, je refais le chemin inverse en bus pour gravir la pente plus rapidement possible et gratter une ou deux minutes qui devraient passer inaperçues.

Textes : Sandro Dall’AglioNoémie Pétremand
Photos et vidéos : Dominique Green

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