Journée de boulot – Après-midi

Ton après-midi passe à toute vitesse.
T’as mille trucs à faire mais sans stress.
 
Tu fais au mieux, simplement,
et quand tu n’es pas satisfait,
tu t’arrêtes et tu prends le temps
de rectifier le tir si besoin est.
 
Tu évalues, te poses des questions.
Tu évolues, trouves des solutions…
…aqueuses, comme en chimie,
qui fluctuent au gré de la vie.

Lors de mes longues après-midi à jouer avec ma boule d’angoisse, j’ai tout le temps de m’interroger sur le but de ce travail. Comme beaucoup, mon métier consiste en théorie à vendre des produits et servir des gens le mieux possible. En pratique, je dois faire de l’argent. Et parce qu’on en a jamais assez, il ne faut surtout pas hésiter à le voler. Pour ce faire, mon entreprise organise un petit concours annuel qui récompense les employés qui auront réussi à ajouter le plus de frais imaginaires dans leurs dossiers. Tout le monde trouve ça normal, on se donne même des petits conseils pour ne pas se faire attraper : «Vends ci comme ci, ou vends ça comme ça, le client ne peut pas vérifier».

Dans ce système, ma cheffe c’est Ocean’s Eleven à elle toute seule. Elle impose le respect à tout le monde. Quand je le lui fais remarquer, elle se fait passer pour Robin des Bois : « Je vole parce qu’on ne nous paie pas assez pour vivre ». Et si pour une fois, tu utilisais tes grandes majuscules pour réfléchir au lieu de miner mes dossiers?  Évidemment, courageux, je me contente de le penser et je fais comme les autres. Comme eux sûrement, j’ai honte de mes journées. Ça descend direct dans l’estomac se coller à ma boule noire. Au mieux, aujourd’hui, je n’ai servi à rien. Au pire, j’ai été nuisible.

Parfois, tu te sens seul avec tout ça
mais en fait, y en a pleins des comme toi.
Tu trouves toujours des gens pour échanger
même s’il ne font pas le même métier.

T’as toute une équipe autour de toi,
dont certains que tu ne connais pas
et qui, le jour où tu en as besoin,
apparaissent comme ça, l’air de rien.

– Salut ! Tu m’as appelé ?
– Non, mais tu tombes bien !
La première fois, t’es halluciné.
La énième, tu remercies le destin.

Ça te rappelle des concepts oubliés
comme la générosité et la solidarité.
Le don spontané et gratuit de toi
pour plus grand que ton petit moi.

(Mais bon, faut pas non plus déconner
t’as quand même tes factures à payer !)

Textes : Sandro Dall’AglioNoémie Pétremand
Photos et vidéos : Dominique Green

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