La bâille du Samouraï

Il était une fois, dans un pays éloigné,
un samouraï d’une grande renommée.
Alors que ses congénères servaient,
selon la tradition, un unique seigneur,
son bushido à lui consistait
à venir en aide au peuple, à toute heure.

Il intervenait de jour comme de nuit
et ça lui posait parfois quelques soucis.
Il était fort, endurant mais aussi fatigué,
au point parfois de ne faire que bâiller.

Il savait que cela ne pouvait durer.
A force, il allait vraiment s’épuiser.
Alors, il se mit en quête d’une solution
au gré des routes et des monts du Japon.

Un beau jour, alors qu’il traversait une forêt,
il s’assit au pied d’un arbre imposant
pour se reposer quelques instants.
Et voilà que soudainement apparaît…

… Niti, un esprit vivant dans la mousse.
Le samouraï sauta sur ses pieds et
dégaina l’un de ses sabres, apeuré.
La créature ne bougea pas d’un pouce.

« N’aie pas peur, je suis ici pour t’aider.
Je sais qui tu es, un très grand guerrier,
mais je connais aussi ton souci quotidien :
ta fatigue et tes bâillements soudains.
Samouraï, tu sais te servir de tes sabres
mais ce que tu as oublié
c’est qu’au temps où est né cet arbre
tes ancêtres étaient aussi archers…
Réapprends cet art et tu comprendras
comment gérer ton énergie ici-bas. »

Et sur ce – Pouf ! – Niti disparut,
aussi vite qu’il était apparu
laissant le samouraï songeur !
Manier un arc ? A la bonne heure !

Non, décidément, ça ne lui parlait pas.
Ce petit esprit était bien sympa
mais il doutait que la solution se trouve là.
Il reprit donc sa marche dans les bois.

C’est alors qu’une flèche vint se planter
à quelques centimètres de lui.
Un vieil homme tout guilleret
apparut à sa suite et lui sourit.

« Je ne te visais pas, rassure-toi…
Mais cette flèche a dévié sur toi !
Et comme je ne crois pas au hasard
raconte-moi donc ton histoire. »

Le samouraï s’exécuta, l’homme rit.
« Si tu veux apprendre, tu as trouvé celui
qui peut devenir ton Maître archer.
Si c’est oui, on peut commencer!»

Oh bah tant qu’il est là, autant en profiter!
Le samouraï accepta donc volontiers.
Le Maître lui tendit un arc, une flèche et
lui enseigna la position pour tirer.

« La flèche est comme ton énergie :
elle doit être clairement dirigée
sinon elle perd de sa force et dévie
de sa trajectoire, loin de la cible visée. »

Le samouraï était très concentré.
Il visa, tira la flèche… qui partit de côté.
Déçu, il baissa la tête et les yeux
mais le Maître reprit d’un ton joyeux :

« Ta main, regarde où elle est placée.
Elle n’est pas vers ta tête ou tes pieds.
Elle frôle ton cœur, tu as compris ?
Celui qui dirige ton tir, c’est lui!
Ton énergie fait simplement le lien
entre ton cœur et ton destin…»

A ce moment-là, éclair de lucidité !
Le samouraï comprend la leçon de l’archer.
Servir le peuple est son destin
mais il peut choisir ses missions.
Accepter celles auxquelles son cœur tient
et en refuser d’autres, non, non et non !

A ce moment-là, il se sentit plus léger.
Il visa, tira la flèche qui vint se planter
au cœur de la cible qu’il avait choisie.
Le Maître sourit et applaudit.

« Tu apprends vite, cet arc est à toi !
N’oublie pas de t’entrainer souvent
jusqu’à ce que cet art fasse partie de toi !
Allez, à la revoyure, et bon vent ! »

Il remercia le Maître, chaleureusement,
et retourna vers l’arbre imposant.
Il choisit une flèche et grava dans son bois :
Pour Niti, aide invisible, merci à toi !

A son retour dans ses contrées,
entre deux missions choisies soigneusement,
il s’entraina si fort et si souvent
qu’il devint à son tour Maître archer.

C’est ainsi que petit à petit,
il vint à bout de la bataille
qu’il menait en vain jusqu’ici
contre sa bâille de Samouraï.

Et s’il sentait monter un bâillement,
il rectifiait le tir, instantanément,
pour que son énergie serve généreusement
les élans de son cœur si grand.

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