Retour de voyage III

Nous étions donc dans la paperasse, de la tête aux pieds. En veux-tu, en voilà, moins t’en veux, plus il y en a ! A moins d’un congé sabbatique à ton job, il y a une case du hâte-toi-lentement que tu ne peux pas sauter : la case chômage. A peine rentré, ton compte en banque criant famine, tu te pointes à l’ORP animé par des émotions paradoxales. Dans ta tête, tu sais que tu y as droit, que le système est fait comme ça, mais tu t’y rends la tête basse, en trainant les pieds, avec une once de honte et de culpabilité (que leur accueil si chaleureux parfois, cela dit, ne va pas arranger).

Les formulaires à tout-va

Illustration Elvira Kossi-Odi

A peine franchie la ligne d’arrivée, voilà qu’au lieu des confettis, une pluie impressionnante de papiers et de formulaires à remplir te tombe dessus : les uns pour ton employeur, les autres pour l’ORP et les derniers pour la Caisse de chômage. Votre attention s’il vous plaît, les diverses opérations requièrent une grande concentration : les formulaires de l’employeur, une fois remplis, vont à la Caisse de chômage, ceux des postulations dans la petite boîte de l’ORP, et ceux du chômage à prendre avec soi lors de l’entretien avec le conseiller… Pas tout suivi ? Non, ne t’énerve pas et n’en fais pas des confettis… Pas de soucis, la séance d’information va te sauver la vie!

La séance d’info

Illustration Elvira Kossi-Odi

En tout bon écolier, tu débarques à la séance d’information obligatoire organisée par l’ORP en espérant qu’ils te déroulent le fil d’Ariane (le tapis rouge, oublie…) pour t’orienter dans ce labyrinthe de Dédale administratif. Cette dernière est sensée t’informer sur les droits et devoirs du chômeur (léger biais?). Et là, tu comprends bien vite que le but du chômage n’est pas de chercher un travail, mais plutôt d’en trouver un, et le plus vite possible (c’est mieux pour les statistiques).

On te demande explicitement d’accepter n’importe quel job, d’être motivé à t’engager, et surtout, de faire les choses selon la procédure, parce que sinon, tu risques une sévère punition. Une jolie vidéo, une lecture de la documentation et quelques infos plus tard, tu repars et commences le parcours du combattant (heureusement que tu as des pieds et du temps). Mais en tant que bon voyageur, tu relativises en pensant à la galère rien que pour obtenir un VISA dans certains pays. Finalement, ça fonctionne plutôt bien par ici. Dieu merci !

L’entretien avec ton conseiller

Au premier entretien avec ton conseiller, tu y vas presque comme à un entretien d’embauche. Tu te prépares à toutes les éventualités parce que c’est un peu comme la boîte de chocolat de Forest Gump: tu ne sais pas trop sur qui tu vas tomber. Tout souriant, tu débarques donc dans son bureau et parles en long et en large de ton parcours professionnel (en gros de tout ce que tu as écrit sur tes fameux formulaires-confettis mais il reprend des notes sur son ordi) et des possibilités que tu as pour la suite.

Illustration Elvira Kossi-Odi

A un certain moment, il t’informe que tu as droit (waaa!) à des cours de perfectionnement. Oh chouette, que tu lui réponds, est-ce qu’un brevet de plongée, un diplôme de cocktelero ou de dresseur d’éléphants rentre là-dedans ? (Dans ta tête évidemment, tu imaginais comment gagner ta vie à l’étranger). A son teint cramoisi, tu comprends que, peut-être, tu viens de dire une connerie. Double pénalité : 3 jours de moins d’indemnités et inscription à un cours pour perfectionner ton CV. En quittant son bureau, tu le soupçonnes clairement de vouloir te dégoûter, une super tactique pour que tu aies très envie de trouver un travail tout de suite. D’une grande efficacité : ce jour-là, tu fais 30 postulations, 40 offres spontanées et refais 5 fois à neuf ton CV.

Illustration Elvira Kossi-Odi

En fin de journée, tu t’assieds sur ton canapé et ton esprit se met à vagabonder : pendant ton voyage tu as eu le temps de penser (oh ça oui!) et entre autres sujets récurrents, il y avait ta vie professionnelle. Tu as en toi cette intime conviction que tu peux créer une vie à l’image de ce que tu es à présent, trouver une occupation qui fasse sens, travailler pour vivre et non pas vivre pour travailler (et consommer)! Tu rêvais de voyager et tu l’as fait, alors pourquoi pas ça? Allez, on y croit !

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