Raglagla

Cette année, à cet endroit,
sur le bateau de Raglagla,
tout allait plutôt bien,
en surface du moins.

La vie battait son plein
et on prenait chaque jour
le train-train quotidien
sans vagues ni détours.

Mais voilà que soudain,
avis de tempête au loin !
Le petit bateau de papier
semblait être en danger.

Ce fut la panique à bord,
à bâbord, à tribord…
On se mit à gesticuler
et le bateau à couler.

Raglagla avait eu beau
tenter de dire autour de lui
de ne pas bouger le bateau,
que le lac tiendrait aussi…

Rien n’y avait pourtant fait :
c’était la peur qu’on écoutait !

Après de longs conciliabules,
hypothèses et savants calculs,
on décida alors de tout geler :
le bateau serait ainsi sauvé
et pour la suite… aucune idée !
On aurait le temps d’y penser.

Chacun rentra donc chez soi
et autour du bateau, tout gela.

La glace meurtrit aussi les cœurs
les câlins, les p’tits bonheurs,
les « tous ensemble », les rires,
pour protéger la vie et l’avenir.

Le bateau n’avait certes pas coulé
mais tout le monde était coincé.
Et peu à peu toute la population
se transforma en gros glaçons !

On n’avait rien trouvé à redire
et on s’était contenté d’obéir :
surtout ne pas trop réfléchir
et attendre les décisions à venir.

Raglagla, lui, avait tout observé
et ne savait pas trop quoi penser.
Tous faisaient au mieux mais
quelque chose le chicanait.

Alors il avait profité du lac gelé
pour quitter le navire et aller
se balader, s’aérer l’esprit
et chercher trace de vie…

Et quelle ne fut pas sa surprise
en passant outre la banquise
de voir que tout autour d’eux
la Nature se portait au mieux : 
les arbres poussaient fièrement,
les plantes dansaient dans le vent,
les animaux vivaient sereinement,
les oiseaux gazouillaient gaiement…

Cela lui fit tellement de bien
de voir qu’ici tout allait bien
qu’il fondit en larmes de joie :
espoir, la vie est encore là ! 

C’est alors qu’on l’interpela : 
« Psssst, du bateau ! Oui, toi !
Vers la fontaine, par là ! 
Approche, on ne mord pas ! ». 

Raglagla obéit et vit alors
dans l’eau et sur les bords,
des créatures rigolotes
qui avaient la parlote.

« Vous les humains,
vous êtes parfois bêtes…
Vous paniquez en vain
devant les tempêtes ! 

Ici, on sait que pour en sortir,
il faut juste passer au travers
et surtout que la peur de mourir
est très mauvaise conseillère… 

Prends soin de toi Raglagla
et si tu as besoin, on est là ! 
Quand t’en as marre
de toutes ces histoires
viens donc nous voir :
ici, on se marre ! »

Raglagla les remercia, sourit
et décida, de retour chez lui,
qu’il allait laisser la tempête
le traverser des pieds à la tête
avec confiance et bonne humeur
car elle ne pouvait… 

que le rendre meilleur ! 

Texte Noémie Pétremand
Illustration Cendrine Davesne

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